Malgré la protection des élus et des médias
Le scandale Airbus va-t-il devenir l'affaire Lagardère ?
Au cours de la campagne présidentielle française, l'annonce d'un plan prévoyant dix mille suppressions d'emplois à Aerospatiale a suscité sa moisson de réactions indignées - et sans conséquences. Quelques semaines plus tard, la divulgation du montant de la rémunération (plus de 8 millions d'euros) versée à M. Noël Forgeard, ancien président-directeur général d'Airbus, au moment de son départ a ranimé la colère. Cette somme ne représente pourtant qu'une fraction de la plus-value réalisée par le groupe Lagardère (dont M. Forgeard est issu) lorsqu'il eut la prescience de céder une partie de ses actions du groupe aéronautique peu avant l'annonce par Airbus de très gros retards de livraison. La mansuétude dont bénéficie M. Arnaud Lagardère paraît moins étonnante lorsqu'on connaît le rôle déterminant de son groupe dans les médias et les liens qu'il entretient avec nombre de responsables politiques, en particulier avec M. Nicolas Sarkozy, qu'il a qualifié d'« ami » et de « frère ». Plus généralement, les difficultés d'Airbus témoignent du renoncement à une Europe industrielle. Des plans de restructuration sont annoncés ailleurs, en particulier dans l'automobile (à PSA Peugeot-Citroën, par exemple).
Par François Ruffin