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KORTOBA

LA FOLIE EST LE SUBLIME DE L'INTELLIGENCE

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IL FAUT.....

     

DEXTER | 12 avril 2009

AVEZ VOUS DEJA RESENTI DE LA SYMPATHIE POUR UN SERIAL KILLER ? SI LA REPONSE EST NON ALORS CLICKEZ LA DEXTER  LE SERIAL KILLER QU'ON A PAS ENVIE DE VOIR ARRETE.

Publié par kimin à 22:24:59 dans A VOIR | Commentaires (0) |

UN FORMIDABLE ESPOIRE SE DESSINE........... | 12 avril 2009

SUR LA PLANETE TERRE, tandis qu'en france on a ca :

Publié par kimin à 17:22:38 dans JUSTES | Commentaires (0) |

EN EXCLUVITE SUR KORTOBA, SHARON EST MORT | 12 avril 2009

                                                             

                                                                             VALSE AVEC SHARON

Publié par kimin à 17:12:25 dans ןדרשקך | Commentaires (0) |

La longue traque des migrants .......... | 12 avril 2009

 

       La longue traque des migrants clandestins au Maroc

Le dispositif mis en place aux frontières de l’Europe pour combattre l’immigration clandestine transforme nombre de pays limitrophes en vastes zones de rétention. Reportage au Maroc, où quelque dix mille migrants et réfugiés politiques africains sont ainsi bloqués sur le chemin de l’Espagne. Conduits à se fixer dans les grandes villes, victimes de violences de plus en plus graves, ces exilés sont les otages d’un marchandage entre Rabat et l’Union européenne.

Par Sophie Boukhari

Quelques chrétiens se recueillent devant un autel improvisé, un carton de téléviseur recouvert de papier brillant, d’une croix et de bouquets de fleurs sauvages. Plus loin, des pierres disposées à même le sol signalent la direction de La Mecque. A Oujda, dans un coin retiré du campus universitaire, les migrants subsahariens coincés dans cette ville frontalière du nord-est du Maroc ont grand besoin de prier pour continuer à croire à leur destin. « Nous sommes dans la main de Dieu », disent-ils.

A l’intérieur de ce camp de rétention informel, trois cents à quatre cents personnes survivent grâce à l’aide d’associations locales et de Médecins sans frontières (MSF), à la solidarité des femmes du quartier et aux maigres revenus tirés de la mendicité, de petits boulots et de trafics divers. Elles dorment sous des bâches en plastique pendues aux arbres fluets et aux murs du campus. Mal vêtues, mal nourries, elles sont exposées aux rafles policières et à la loi des mafias qui régissent le camp.

Les occupants sont pour la plupart originaires du Nigeria, du Cameroun, de Guinée, du Sénégal, du Mali, de Côte d’Ivoire, de République démocratique du Congo (RDC). Quelques rescapés du Darfour échouent ici de temps en temps. Agés de 18 à 30 ans, ils vivent regroupés par communautés, francophones d’un côté, anglophones de l’autre. La majorité a un niveau d’éducation dépassant le secondaire et un métier. Dans leur vie antérieure, ils étaient artisans, commerçants, ouvriers, fonctionnaires, agriculteurs, médecins ou ingénieurs.

Pour ces Africains partis « chercher la vie » en Europe, la région d’Oujda a longtemps représenté une ultime étape avant de passer « de l’autre côté de la Terre », moins violent et tellement plus riche. La plupart s’en allaient traverser le détroit de Gibraltar. Puis, ils ont visé l’entrée dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, survivances singulières d’une époque, celle de la colonisation, où les flux de population transméditerranéens se faisaient dans le sens nord-sud.

Mais, lors du Conseil européen de Séville (juin 2002), plusieurs Etats européens emmenés par l’Espagne de M. José María Aznar ont menacé de bloquer les aides financières aux pays de départ et de transit qui ne les aideraient pas à combattre les clandestins. Objectif : créer un cordon sanitaire autour de l’Union européenne en sous-traitant aux pays voisins la rétention des migrants et demandeurs d’asile... ainsi que les violations des droits de la personne qui vont de pair.

Directement visé, le Maroc prend acte de cette nouvelle conditionnalité de l’aide. Il a beaucoup à perdre puisqu’il est le premier bénéficiaire, à hauteur de 20 %, des fonds européens destinés aux pays méditerranéens (programme MEDA). Au total, l’Union européenne accorde au royaume 150 millions d’euros d’aides par an, sans compter les prêts.

En novembre 2003, Rabat promulgue la loi 02-03 sur les migrations irrégulières. Inspiré du droit français, ce texte privilégie la dimension répressive, même s’il protège du refoulement les réfugiés politiques, les femmes enceintes et les mineurs. Côté opérationnel, Rabat opte pour la création d’une direction chargée de la migration et de la surveillance des frontières au sein du ministère de l’intérieur, dotée d’une dizaine de milliers d’hommes.

A partir de 2004, l’Union européenne et son allié marocain bouclent la route de Gibraltar. A la suite de sanglants assauts à l’automne 2005, les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont également transformées en forteresses quasi imprenables et les forêts environnantes ratissées par les forces marocaines. Les routes de la migration se détournent alors vers le sud. Aux pateras, embarcations de vingt à quarante personnes qui visaient les rivages andalous, succèdent des cayucos de plus de cent places, qui s’élancent vers les îles Canaries depuis les plages du Sahara occidental.

 

Puis, en 2006, des dizaines de milliers de migrants tentent le voyage en partant de Nouadhibou (Mauritanie), Dakar ou Saint-Louis (Sénégal). La traversée est plus longue et plus dangereuse – un passager sur six serait mort noyé l’an dernier, selon les autorités espagnoles. Mais elle est moins coûteuse : 500 euros environ, contre de 1 000 à 1 300 euros via El-Ayoun (Sahara occidental).

Néanmoins, la route marocaine n’a pas été abandonnée. Elle a même repris de la vigueur en 2007 après une pause liée au drame de Ceuta et Melilla, explique M. Jelloul Arraj, de la cellule assistance migrants mise en place par deux associations locales. Depuis quelques mois, des nouveaux venus d’Algérie arrivent chaque nuit à Oujda. Ils s’y mêlent à d’autres migrants qui ont été brutalement arrêtés dans leur course vers l’Europe. « Chaque semaine, il y a un ou deux refoulements », témoigne M. Arraj. Les migrants concernés ont été arraisonnés en mer, repêchés après un naufrage ou simplement raflés par la police, à Oujda et dans le reste du royaume. Personne n’est épargné, ni les femmes enceintes, ni les enfants, ni les réfugiés ou demandeurs d’asile. En pleine nuit, tout le monde est reconduit à la frontière algérienne située à 13 kilomètres.

La plupart reviennent aussitôt côté marocain. Au passage, ils sont dépouillés par des militaires (algériens et marocains), des bandes de voyous des quartiers pauvres d’Oujda ou des pillards nigérians. De nombreux cas de viols ont été constatés par les organisations non gouvernementales (ONG). Les gangs opèrent par ailleurs des séquestrations de personnes, avec demande de rançon à la famille restée au pays.

Et puis, à Oujda, il y a les anciens, ceux qui sont bloqués au Maroc depuis des années, et qui attendent. Comme Alphonse, 34 ans, qui a quitté la RDC en août 2002. « J’étais en dernière année d’agronomie à Kinshasa, raconte-t-il. Je militais contre [Joseph] Kabila. Mes amis ont été arrêtés. J’ai appris que j’étais recherché et j’ai traversé le fleuve pour Brazzaville. Je ne suis même pas repassé chez moi dire au revoir à ma petite fille ni prendre mes affaires. A l’époque, l’idée d’aller en Europe ne m’effleurait même pas. »

« Nous ne pouvons pas
revenir chez nous les bras ballants
après avoir laissé filer
tout notre capital »

Depuis trois ans, Alphonse patiente. Après quelques aventures qui l’ont conduit, d’un « plan » à l’autre, du Nigeria à l’Algérie, il a établi sa base à Oujda, même s’il repart quelquefois en forêt tenter le passage par les enclaves, ou en Algérie pour travailler. Il rapporte avoir vécu plus de trente refoulements, dont deux après avoir réussi à entrer à Melilla : « On te prend tout, ton portable, ton argent. Puis on te jette comme ça dans le désert ; ça, c’est l’humiliation de la peau noire. »Aujourd’hui, il aide des étudiants marocains qui suivent un cursus scientifique, corrige, saisit et édite leurs mémoires de fin d’année.

Alphonse continue à militer pour une autre RDC via Internet, mais aussi pour les droits des migrants au Maroc. « Ici, nous vivons dans la terreur. Moi, je suis devenu insomniaque. Je m’attends toujours à une descente de police. On nous vole, on nous tape, on nous enferme à huit cents dans une pièce où on ne peut pas respirer. Tout ce que je demande, c’est le droit d’avoir des droits. »

Très populaire dans le quartier de l’université, Gustave a établi son « bureau » dans un cybercafé. Il joue aussi le rôle d’intermédiaire pour les ONG, qui n’arrivent plus à sécuriser la distribution de l’aide humanitaire aux migrants. « Je me bats pour que tout le monde soit servi à égalité, dit-il. Il y a parmi nous des leaders négatifs qui visent les poches des autres. Hier, j’ai été giflé par l’un d’eux, mais ça ne veut pas dire que je vais me fatiguer. »

En ce début de printemps, l’ambiance sur le campus est plus que tendue. La saison des passages (avril-septembre) approchant, les affaires reprennent. Deux chairmen (présidents) nigérians s’affrontent pour contrôler la place. « Il y a quelques années, les leaders étaient des intellectuels. On a eu un prof d’économie, un pédiatre. Ils géraient le campement en sages, témoigne un humanitaire. Mais, plus les années passent, plus les gens sont désespérés, et plus le régime se durcit. Maintenant, ceux qui s’imposent sont les plus violents. » Une petite minorité d’hommes gèrent les filières, rackettent les plus faibles et terrorisent les récalcitrants. Ils servent également de base arrière aux bandes de pillards qui écument la zone frontalière. On comprend pourquoi plusieurs centaines de migrants préfèrent éviter le campus et se cacher, aux alentours, dans des fermes abandonnées et des abris de fortune dans les bois.

 

Ali est de ceux-là. « Je suis venu ici pour me reposer, dit ce jeune Gambien de 24 ans qui s’exprime dans un anglais parfait. Je suis fatigué et je réfléchis. J’ai quitté mon pays le 15 juillet 2005. Jusqu’en 2004, tout allait bien. Mon oncle me payait mes études d’économie à l’université de Banjul. Puis il est mort et, comme personne ne pouvait m’aider, j’ai dû abandonner la fac. J’ai travaillé un peu dans une entreprise de transfert d’argent mais, au bout de deux mois, le bureau a fermé. Avec l’argent que j’avais gagné, j’ai fait une formation en informatique parce que j’aime trop les études. Je voulais continuer. Un ami m’a dit qu’en Europe ce serait possible. Je n’avais qu’à partir avec lui. »

Seydou a rassemblé 500 euros, qui l’ont mené au Maroc, via le Sénégal, le Mali et l’Algérie. « J’ai participé à l’attaque massive du grillage de Melilla à l’automne 2005, poursuit-il. Mais j’ai reçu une balle en plastique dans le genou. Les Espagnols m’ont capturé et renvoyé au Maroc. J’ai été refoulé sur Oujda avant de repasser du côté algérien, à Maghnia. Il fallait que je reste immobile à cause de mon genou. Comme je parle bien l’arabe, des Algériens m’ont aidé. Des islamistes m’ont emmené et hébergé à Alger, où je suis resté pendant trois mois. Mais ces gens-là sont surveillés par la police. Un jour, j’ai été arrêté, puis relâché. Un islamiste m’a donné 100 euros et m’a demandé de partir. Je suis revenu dans les forêts du Maroc. »

« Avec quatre autres gars, on a réattaqué le grillage de Melilla. Il y en a deux qui sont passés, mais moi j’ai été attrapé et encore refoulé à la frontière algérienne du côté d’Oujda en décembre 2006. Avec mon genou qui est abîmé, je dois renoncer à attaquer le grillage. Il faut que je trouve de l’argent pour tenter le passage autrement. Je ne vois pas de place pour moi en Afrique. » « Nous ne pouvons pas rentrer chez nous bras ballants après avoir laissé filer tout notre capital, renchérit l’un de ses compagnons, un jeune Camerounais de 22 ans. Moi, je vais rester là jusqu’à trouver ma solution. »

Si la route d’Oujda a de nouveau une certaine cote, c’est que des filières inédites se sont développées. En réalité, pour les migrants, tout est question de moyens. Pour passer, il faut avoir de l’argent d’abord, de la chance ensuite. L’attaque du grillage des enclaves espagnoles, souvent vouée à l’échec, n’est que la voie des pauvres. Pour ceux qui disposent de 1 000 euros, la nouvelle route du Rif (depuis les côtes nord-est du Maroc jusqu’à la zone d’Almería, en Espagne) peut les valoir, s’ils tombent sur un passeur honnête et une mer clémente.

Pour le même prix, on peut aussi tenter d’entrer à Ceuta ou Melilla, caché dans une voiture ou un camion. « Ces enclaves sont des fiefs de la contrebande : drogue, cigarettes, etc. Le trafic de migrants n’en est qu’un parmi d’autres », rappelle un humanitaire. A Melilla, les migrants asiatiques arrivés via l’Afrique et le Maroc sont aujourd’hui plus nombreux que les Subsahariens. « Ils payent très cher au départ, jusqu’à 10 000 dollars par personne, et ont des filières bien structurées. »

Mais c’est dans les villes de la côte atlantique que la plupart des personnes en transit à Oujda vont se rendre. « On observe deux grandes tendances depuis les événements de Ceuta et Melilla », explique M. Javier Gabaldón, coordinateur de MSF au Maroc. La première est la sédentarisation des migrants, la seconde la montée de l’intensité des violences dont ils sont victimes, y compris de la part des leurs : près de 30 % des violences sont imputables aux trafiquants africains, contre 35 % aux forces de sécurité marocaines et 31 % aux délinquants marocains. « Nous constatons aussi une croissance très préoccupante des cas de violences sexuelles lors des refoulements », dit-il.

« En Algérie,
quand on te rafle,
tu glisses
à des milliers de kilomètres »

Près de 80 % des quelque dix mille migrants africains au Maroc sont regroupés à Rabat et, dans une moindre mesure, à Casablanca. La capitale du royaume est devenue le quartier général des filières et une étape obligée avant El-Ayoun et le départ pour les Canaries. Les Africains y vivent dans des appartements loués deux fois le prix du marché, et ils sont agressés s’ils ne payent pas. Chaque communauté a son quartier de prédilection, son chef, sa loi, ses réseaux. « Les nouveaux font vivre les anciens, explique Mme Gwenaëlle de Jacquelot, de Caritas, une ONG catholique qui gère un centre d’accueil pour les migrants. Quand on arrive dans un logement, il faut payer un “droit de ghetto” de 50 euros. » Comme les migrants n’ont pas accès à l’emploi, ils développent une économie informelle de survie.

 

« Tout est très organisé et le devient de plus en plus », explique M. Pierre Tainturier, de Médecins du monde. Les chairmen encaissent des revenus importants. Ils gèrent leur groupe et les transactions de leurs « protégés » avec les connection men, ces hommes-clés qui disposent de tous les contacts nécessaires, y compris dans la police ou l’armée, pour organiser le passage.

Pour financer l’attente et amasser de quoi partir, les autres migrants se débrouillent comme ils peuvent. Certains reçoivent de l’argent de la famille restée au pays. D’autres mendient, tiennent un étal de légumes ou de vêtements. Et puis, il y a les trafics : fausse monnaie, maisons de passe, faux papiers.

Dans ce système de plus en plus dur, la vie est un enfer pour les plus vulnérables. A commencer par les femmes, presque toutes condamnées à se vendre pour un toit ou une pièce de 10 dirhams (moins de 1 euro). « Nous avons quitté le pays parce que ça n’allait pas, explique Françoise, une Congolaise de 29 ans arrivée en 2004. Mais nous n’avons pas voulu cette vie. A tout moment, on nous chasse, on nous jette à Oujda, on nous viole. Il faut toujours courir derrière un homme, qui te demande ton corps en échange. Après, il te donne la grossesse ou la maladie [le sida]. Dieu seul sait quand on va quitter cette misère. »

Le parcours de Françoise est un calvaire tragiquement banal pour une femme migrante. « J’ai quitté la RDC en 2001 à cause de la situation politique. J’avais 21 ans. Mon père était militaire de Mobutu. Quand Kabila a pris le pouvoir, il a été envoyé dans le Nord à Kisangani. Un jour, les rebelles ont attaqué son camp et réquisitionné les armes. Mon père est passé de leur côté. Alors, Kabila s’est vengé. Il a envoyé ses hommes chez nous à Kinshasa. Ma mère a été violée sous mes yeux. Ma tante a été tuée. Moi, j’ai fait une crise et je me suis retrouvée paralysée d’un côté. Des voisins m’ont emmenée à l’hôpital, où j’ai passé au moins un an. En sortant, j’ai appris que ma famille était allée à Brazzaville. Ma mère avait laissé de l’argent pour moi à un ami. Je l’ai pris et je suis partie à sa recherche. »

Françoise n’a jamais retrouvé sa famille. Elle l’a cherchée jusqu’au Cameroun, où elle a été aspirée vers le nord par les filières. « Je ne connaissais personne et j’étais obligée de continuer, dit-elle. Au Niger, un monsieur nous a entassés dans une Jeep. Il y avait des Maliens, des Nigérians et seulement deux autres femmes, dont une avec un enfant. On est partis, mais le chauffeur nous a laissés au milieu du désert. Au loin, on voyait les lumières de Djanet, en Algérie. »

« Des hommes ni blancs ni noirs sont venus. Ils nous ont tout pris et nous ont violées, moi et les autres femmes. Je me suis mise à vomir du sang, à étouffer. Mais il fallait continuer. On est partis à pied jusqu’à Djanet, où des “frères” m’ont laissée à l’hôpital. » Françoise y rencontre une Algérienne qui prend soin d’elle. « Elle habitait à Alger et m’a fait remonter avec elle. Je faisais son ménage et l’aidais dans son salon de coiffure. Elle me payait et me traitait bien. J’ai fait une année comme ça, et j’ai décidé d’aller au Maroc. A l’époque, en 2004, le Maroc était plus sûr pour les sans-papiers. En Algérie, quand on te rafle, tu glisses à des milliers de kilomètres. »

« En 2005, les hommes sont partis attaquer le grillage à Ceuta. Moi, je ne pouvais pas. Avec un groupe, on a choisi de contourner l’enclave de nuit par la mer. Des guides marocains te donnent des chambres à air où tu t’accroches, et eux ils nagent en tirant trois personnes reliées par des cordes. Mais mon guide a eu un coup de froid et m’a lâchée. Je suis restée cinq heures dans l’eau glacée. Un jeune Camerounais s’est noyé sous mes yeux. Finalement, des pêcheurs sont venus nous sauver au petit matin. »

Après avoir encore passé plusieurs semaines traquée dans la forêt, Françoise a finalement suivi son groupe à Rabat. « On a marché pendant vingt jours en se cachant. Je suis arrivée ici le 24 février 2006. » Aujourd’hui, Françoise se débrouille seule, évite les hommes et les mafias. Elle loge dans un coin de la cuisine d’une femme marocaine qui lui prend 150 dirhams par mois (14 euros). Pour vivre, elle compte sur les associations, les églises et le peu d’argent que lui rapportent ses talents de coiffeuse clandestine.

 

Françoise fait également partie des demandeurs d’asile reconnus par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Depuis l’ouverture de son bureau à Rabat début 2005, le HCR a enregistré en moyenne cent demandes d’asile par mois, essentiellement de Congolais (RDC) et d’Ivoiriens. Jusqu’ici, il a accordé le statut de réfugié à moins de quatre cents personnes, affichant un taux de reconnaissance de 17 %.

Pourtant, c’est davantage à sa discrétion qu’à son statut théoriquement protecteur que Françoise doit d’avoir échappé aux coups de filet policiers. Car le Maroc, qui met en avant ses graves déficits sociaux, ne veut pas entendre parler d’instaurer un droit d’asile sur son sol, comme le lui demandent le HCR et l’Union européenne. Résultat, les réfugiés n’ont droit ni à la carte de séjour ni au permis de travail qui leur permettraient de reconstruire leur vie au Maroc, à défaut d’atteindre l’Europe. Pis, ils sont régulièrement pris dans des rafles et refoulés à la frontière algérienne, malgré la loi 02-03 et la convention de Genève censées les protéger.

Pour M. Mohamed Kachani, juriste, il est plus que temps de rompre avec l’obsession sécuritaire et de considérer la problématique des migrations dans sa globalité. Il faut « agir au niveau des causes fondamentales », dit-il. Pour cela, le premier impératif serait de s’atteler sérieusement à sortir l’Afrique de la crise où elle s’enfonce.

Avant de tenter la traversée vers l’eldorado européen sur des embarcations de fortune, ils brûlent leurs vaisseaux... ou plutôt leurs documents d’identité. Le photographe Thomas Chable, qui les a suivis, a aussi gravé sur la pellicule ces étranges testaments, dessinés sur les tiroirs de leur dernier hôtel à Ceuta.

 

Publié par kimin à 16:52:59 dans MAROQUENERIE | Commentaires (0) |

AU BAS MOT | 12 avril 2009

   Au-delà de l’élection de novembre

Les présidents changent, l’empire américain demeure

S’adressant à plusieurs centaines de milliers d’Allemands, le candidat démocrate Barack Obama a présenté l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) comme « la plus grande alliance jamais formée pour défendre notre sécurité commune ». Le républicain John McCain souhaite que cette dernière s’engage davantage dans le conflit ayant éclaté en Géorgie. En dépit de leurs différences, une même conception de la place des Etats-Unis dans le monde unit les deux principaux partis.

Par Arno J. Mayer

Tirer à boulets rouges sur le président George W. Bush, un « canard boiteux » désormais, est définitivement passé de mode. Le nouveau sport en vogue consiste à spéculer sur la manière dont M. John McCain ou M. Barack Obama redessinera la politique étrangère américaine. Cet exercice n’est pourtant pas plus productif.

Caligula, troisième empereur de Rome, était un despote cruel. On raconte néanmoins qu’il caressait une idée — significative du peu de respect que lui inspirait son personnage public : nommer son cheval préféré, Incitatus, d’abord au Sénat puis à un poste de consul. Caligula sous-entendait peut-être que la mécanique de l’Empire romain fonctionnait par elle-même et, une fois lancée, qu’elle pouvait s’affranchir de sa cohorte de césars.

Aujourd’hui, alors que les Etats-Unis se trouvent dans l’impasse en Irak et que des bombes à retardement couvent dans le « Grand Moyen-Orient » (Greater Middle East) et dans le Caucase, le problème réside moins dans la désastreuse médiocrité de M. Bush, ou dans l’impériale ardeur du prochain président américain, que dans la volonté propre d’un empire né de la guerre contre l’Espagne (1898) et ordonnateur d’une pax americana au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Les Etats-Unis ont survécu à l’aventure vietnamienne ; ils peuvent sortir pratiquement indemnes du fiasco irakien. Momentanément déconcerté, l’empire continuera sa route, entre bipartisme, pressions des milieux d’affaires et bénédictions évangéliques. Cette aptitude à s’offrir des gaffes coûteuses — non pas pour les élites mais pour les classes populaires — caractérise d’ailleurs les Etats impériaux parvenus à maturité. L’empire américain finira certes par s’effondrer, mais les prédictions de déclin précipité sont exagérées. Sans rival militaire à leur mesure, les Etats-Unis demeureront, quelque temps encore, l’unique superpuissance mondiale.

Cependant, à force de lutter contre l’érosion, les empires vaniteux et trop expansionnistes sapent leur pouvoir et leur prestige. Leur nervosité s’accroît. Et leur férocité. On les voit alors trépigner pour rappeler au monde qu’ils ne sont pas des tigres de papier. Etant donné leur posture en Irak et les retombées de cette crise dans la région, les Etats-Unis opteront-ils pour une escalade en Iran, en Syrie, au Liban, en Afghanistan, au Pakistan, au Soudan, en Somalie, en Géorgie, au Venezuela ? Les points de vue de MM. McCain et Obama diffèrent quant au lieu de l’intervention, aux tactiques à mettre en œuvre. Mais ni l’un ni l’autre ne doutent de l’urgence ou de la légitimité d’une telle action. Le premier situe la ligne de front de la « guerre contre le terrorisme » en Irak ; le second en Afghanistan et au Pakistan.

Les Etats-Unis possèdent l’armée la plus puissante du monde. Elle surpasse de très loin toutes celles des anciens empires. Omniprésent sur les mers, dans les airs, dans l’espace et le cyberespace, Washington sait projeter sa force à une vitesse record sur des distances considérables. Ainsi, tel un shérif autoproclamé, se précipite-t-il d’un bout à l’autre de la planète pour maîtriser ou exploiter des crises, réelles ou putatives. « Aucun coin du monde n’est assez reculé, aucune montagne n’est assez haute, aucune grotte ni aucun bunker assez profonds pour mettre nos ennemis hors de notre portée », affirmait M. Donald Rumsfeld, alors ministre de la défense (1). L’Amérique consacre plus de 20 % de son budget annuel à son armée, soit autant que les dépenses militaires du reste du monde. Qu’importe si cela nuit à la société. Les industries d’armement ne réalisent-elles pas de lucratives ventes à l’étranger ? Dans le « Grand Moyen-Orient », les Etats du Golfe — Arabie saoudite en tête — leur achètent pour des milliards de dollars de matériels de défense sophistiqués (2).

Au lieu d’établir des colonies territoriales classiques, les Etats-Unis assurent leur hégémonie en installant des bases militaires, navales et aériennes. Il en existe dans plus de cent pays, les plus récentes en Bulgarie, en République tchèque, en Pologne, en Roumanie, au Turkménistan, au Kirghizstan, au Tadjikistan, en Ethiopie et au Kenya. Seize agences de renseignement, dont les bureaux sont disséminés de par le monde, constituent l’ouïe et la vue de cet empire sans frontières.

Washington possède douze porte-avions, dont trois seulement ne sont pas nucléaires. Ces bâtiments transportent jusqu’à quatre-vingts avions ou hélicoptères ainsi que de forts contingents de soldats, de marins et de pilotes. Autour de ces bâtiments titanesques gravitent des croiseurs, des destroyers, des sous-marins souvent autoguidés et équipés de missiles. La marine américaine veille dans des bases éparpillées sur la surface du globe et patrouille les principales routes maritimes. Elle est l’épine dorsale, le flux sanguin d’un empire d’un nouveau genre. Les bateaux déplacent les avions, qui sont les principaux pourvoyeurs de soldats, de matériel et de ravitaillement. A Washington et au Pentagone, l’US Navy a récemment pris l’ascendant sur les armées de terre et de l’air (3).

Démocratie, droits et... capitalisme

Entre 2006 et 2008, la présence américaine à l’est de la Méditerranée, en mer Rouge, dans le Golfe et dans l’océan Indien témoigne du désir de Washington de montrer sa force partout dans le monde (4). Au besoin en livrant de l’aide humanitaire à la pointe du fusil, dans l’attente d’un avantage politique. Au moins deux porte-avions stationnent actuellement entre Bahreïn, le Qatar et Djibouti. Entièrement équipés en matériel terrestre et en véhicules amphibies, ils transportent des milliers de soldats et de marins ainsi que des personnels formés aux opérations spéciales. Ces géants des mers sont là pour rappeler, comme le déclarait en janvier 2007 le ministre de la défense Robert Gates, que les Etats-Unis « maintiendront longtemps encore leur présence dans le Golfe  (5) ».

Une semaine plus tard, le sous-secrétaire d’Etat chargé des affaires politiques, M. Nicholas Burns, estimait que « le Proche-Orient n’a pas vocation a être dominé par l’Iran ; les eaux du Golfe n’ont pas vocation à être contrôlées par l’Iran. C’est pourquoi les Etats-Unis ont stationné deux unités de combat dans la région (6)  ». Ces paroles de MM. Gates et Burns auraient pu émaner de n’importe lequel des ministres de la défense, des secrétaires d’Etat américains, des directeurs de la Central Intelligence Agency (CIA) ou des présidents des soixante dernières années.

Dans le discours qu’il prononça en janvier 1980, un peu plus d’un an après Camp David I, et quelques semaines seulement après la crise des otages à Téhéran et l’invasion soviétique en Afghanistan, le président James Carter avait été très clair : « Toute tentative d’une force extérieure de prendre le contrôle du golfe Persique sera perçue comme une attaque contre les Etats-Unis. Les moyens adéquats, y compris l’usage de la force, seront utilisés pour repousser celle-ci (7). » Il ajoutait que la présence de l’armée russe en Afghanistan constituait « une menace » pour une région qui « détient les deux tiers des ressources pétrolières exportables du monde » et se trouve « à trois cents miles de l’océan Indien et du détroit d’Ormuz, une voie maritime par laquelle doit transiter l’essentiel des ressources pétrolières du monde ».

Un quart de siècle plus tard, M. Henry Kissinger, ancien secrétaire d’Etat américain, désormais consultant, remettait au goût du jour la doctrine Carter en déplaçant la menace de Moscou à Téhéran : « Si l’Iran devait persister à combiner tradition impériale perse et ferveur islamique contemporaine (...), il ne lui serait tout simplement pas permis de réaliser son rêve impérialiste dans une région aussi importante pour le reste du monde (8). »

Certes, les soldats équipés d’armes conventionnelles ultrasophistiquées sont mal préparés pour ces guerres asymétriques qui ne se déroulent plus entre Etats mais contre des entités ayant recours à des armes et à des techniques non conventionnelles. Mais les porte-avions, les avions de combat, les missiles antimissiles, les satellites militaires, les robots de surveillance, les véhicules et les bateaux autoguidés ont encore de beaux jours devant eux.

Qu’elles soient directes ou indirectes, ouvertes ou secrètes, militaires ou civiles, les intrusions dans les affaires intérieures d’autres Etats constituent, depuis 1945, la pierre angulaire de la politique étrangère américaine. Washington n’a pas hésité à intervenir, le plus souvent de manière unilatérale, en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, au Liban, en Palestine, en Iran, en Syrie, en Somalie, au Soudan, en Ukraine, en Géorgie, au Kazakhstan, au Nicaragua, au Panamá..., défendant inlassablement les intérêts américains tout en prônant des variantes de la démocratie, du capitalisme, des droits humains.

Prenant pour modèles l’Agence américaine pour le développement international (United States Agency for International Development, Usaid), le programme Fulbright (9) et le Congrès pour la liberté de la culture (10) lancés à l’époque de la guerre froide, les gros bras de la nouvelle « guerre mondiale contre le terrorisme » ont imaginé des mécanismes équivalents : Compte du défi du millénaire (Millenium Challenge Account), Initiative pour le partenariat au Proche-Orient (MEPI), l’un et l’autre émanant directement du département d’Etat. Se remémorant les jours glorieux de la Rand Corporation, de l’Institut d’analyse stratégique et des chaires d’études soviétiques, le ministère de la défense a enrôlé des universitaires dans le projet Minerva afin qu’ils apportent leur concours aux nouveaux combat anti-insurrectionnels.

L’économie surpuissante de l’Amérique, sa culture syncrétique et sa science sont à l’image de sa puissance militaire : inégalées. Mis à part les déficits fiscaux et commerciaux abyssaux, qui grippent parfois son système financier et secouent la planète, l’économie américaine demeure robuste et bat la cadence de la « destruction créatrice (11) », sans tenir compte de son coût social, aux Etats-Unis comme à l’étranger.

Le rétrécissement de son secteur industriel et manufacturier pourrait s’avérer le maillon faible. Cependant, les Etats-Unis tiennent encore le haut du pavé en matière de recherche et de développement, de brevets en cybernétique, biologie moléculaire et neurologie. Leur ascendant planétaire est conforté par les crédits publics, les dons privés et le mécénat d’entreprise dont bénéficient leurs universités et leurs instituts de recherche, qui établissent des antennes à l’étranger en même temps qu’ils drainent les cerveaux du monde entier. L’engouement pour les musées globalisés, l’architecture des sièges des grandes entreprises et la généralisation des stratégies de marketing politique ou commercial obligent ceux qui en douteraient encore à admettre que le modèle américain perdure bel et bien.

Recruter des soldats à prix cassé

Il n’est donc pas étonnant que le pays récolte une moisson disproportionnée de récompenses internationales en économie mais aussi en sciences naturelles. Plus édifiant encore, l’anglais américain s’impose dans le monde entier comme une lingua franca (une langue universelle), en particulier pour les jeunes générations et les utilisateurs d’Internet. Ce phénomène explique et alimente l’immense influence des multinationales et des institutions financières publiques et privées américaines. La culture populaire et les modes de consommation américains pénètrent les endroits les plus reculés du globe, pour le meilleur et pour le pire. Wal-Mart, McDonald’s, Hollywood, les stades et les séries télévisées rassasient les masses de pain et de jeux. Aux confins instables de l’empire, Washington, Wall Street et K Street (la rue de Washington où se concentrent nombre de lobbys) soutiennent les régimes et les élites disposés à collaborer.

Cette puissance n’est en rien le produit d’une génération spontanée. Dans sa quête permanente de ressources naturelles, de nouveaux marchés et de positions stratégiques, elle trahit des ressemblances troublantes avec les empires du passé. La plupart des Américains estiment qu’ils ont tout à gagner à conserver leur position dominante. Bien sûr, certaines couches sociales sont plus avantagées que d’autres. Mais, dans l’ensemble, l’empire leur profite sur les plans économique, culturel et psychologique. Cela vaut également pour l’intelligentsia, les professions libérales et la presse.

Les Etats-Unis conservent de gigantesques réserves, notamment militaires, qui leur permettent de poursuivre leur interventionnisme mondial. Ils peuvent mobiliser les ressources et la volonté nécessaires pour sortir de l’impasse irakienne. L’armée manque certes d’unités de combat pour certaines manœuvres terrestres de grande envergure, et l’on a pu observer une certaine incohérence stratégique dans les opérations menées contre des groupes d’insurgés, une guérilla ou des forces terroristes. Mais la pénurie de soldats ne devrait pas durer. Des entreprises privées recruteront à prix cassé, de préférence dans les « dépendances du tiers-monde », des mercenaires en armes ou des civils qu’ils projetteront sur les théâtres d’opérations.

Lorsque Washington entonne le couplet de la défense désintéressée des droits humains, des programmes sociaux, de la libération des femmes, de l’Etat de droit et de la démocratie pour tous, il s’agit, pour partie, d’un artifice. Tous les dirigeants américains ont eu les mêmes priorités : terrasser le spectre du communisme, avant l’implosion de l’Union soviétique ; étouffer le serpent de l’islamisme radical depuis le 11 Septembre.

Le rapport de la commission bipartie Baker-Hamilton sur l’Irak, rendu public le 6 décembre 2006, ne se préoccupait pas tant du chaos sur les rives du Tigre que de ses éventuelles répercussions aux Etats-Unis mêmes : « L’Irak, indispensable à la stabilité régionale et même mondiale, joue un rôle très important pour les intérêts américains. Le pays se trouve sur la ligne de fracture entre l’islam chiite et l’islam sunnite, et entre les populations kurdes et arabes. Il détient la deuxième réserve de pétrole du monde. Il sert aujourd’hui de base d’opérations au terrorisme international et à Al-Qaida. L’Irak, pièce maîtresse de la politique étrangère américaine, influence la manière dont les Etats-Unis sont perçus dans la région et dans le monde (12). » En somme, l’importance du pays envahi tient à ce que son effondrement ternirait l’image de l’Amérique dans le monde...

En accord avec la légion d’experts de politique étrangère acquis à la ligne officielle, MM. James A. Baker (républicain) et Lee H. Hamilton (démocrate) ont postulé que Washington continuerait à faire la loi dans le « Grand Moyen-Orient ». Le rapport était très clair sur ce point : « Même après le départ des brigades d’intervention américaines d’Irak, nous maintiendrons une importante présence militaire dans la région, grâce à nos forces militaires restées sur le terrain en Irak, à notre déploiement de forces terrestres, navales et aériennes depuis le Koweït, Bahreïn et le Qatar et à notre présence croissante en Afghanistan. »

Il n’est pas surprenant que MM. Baker et Hamilton aient demandé conseil aux plus brillants instituts de recherche stratégiques « indépendants » ou bipartis et autres « boîtes à idées » qui prolifèrent depuis la fin de la guerre du Vietnam, au point de former un cinquième pouvoir. Dans nombre de ces instituts, dirigeants, consultants et intellectuels attitrés ne font pas mystère de leur engagement. Certains ont même fourni des notes de synthèse et des textes clés en main pour ce rapport sur l’Irak.

En partie financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, le Centre d’études stratégiques et internationales (Center for Strategic and International Studies, CSIS) fut l’un des Pygmalion de la commission Baker-Hamilton. Regroupant des administrateurs et des experts issus de la fonction publique comme du secteur privé, il affiche son objectif : « Améliorer la sécurité et veiller à la prospérité dans une époque de transformation politique, en offrant aux dirigeants des analyses stratégiques et des solutions pratiques afin qu’ils puissent imaginer l’avenir et anticiper les changements. »

Parmi ses membres figurent l’actuel et les ex-présidents du conseil d’administration de Time Inc., Coca-Cola, Merrill Lynch, Lehman Brothers, ExxonMobil, Morgan Stanley. Sans oublier le dernier oracle du soft power, le professeur Joseph S. Nye, de la Kennedy School of Government Harvard. Quant au panel des consultants, il regroupe une brochette d’anciens hauts responsables d’administrations démocrates et républicaines : MM. Harold Brown, Zbigniew Brzezinski, Frank Carlucci, Henry Kissinger, James Schlesinger, Brent Scowcroft et Mme Carla Hills.

Des organismes semi-privés exploitent le même créneau. Officiellement indépendant, l’Institut républicain international, très impliqué en Irak (et présidé par le sénateur McCain), entend « faire avancer la cause de la liberté et de la démocratie dans le monde en aidant au développement des partis politiques, des institutions publiques, des élections libres, de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit ». Dans la même veine, une autre structure « à but non lucratif », l’Institut démocratique national pour les affaires internationales, présidé par l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright, œuvre au « renforcement et au développement des valeurs, des pratiques et des institutions démocratiques (...) dans toutes les régions du monde ».

Avec un cahier des charges plus restreint, l’Institut pour la politique du Proche-Orient, autoproclamé pluraliste mais clairement situé à droite, se propose « d’œuvrer pour une meilleure compréhension, réaliste et équilibrée, des intérêts américains au Proche-Orient (...) et de promouvoir dans la région un engagement américain basé sur le renforcement des alliances, l’amitié, qui apporterait la sécurité, la paix, la prospérité et la démocratie aux populations ».

La commission Baker-Hamilton a également sollicité les avis du Council on Foreign Relations, du Brookings Institute, de la Rand Corporation et de l’American Enterprise Institute. Quels que soient leurs penchants politiques, tantôt à droite, tantôt au centre, les collaborateurs, associés ou mécènes de ces officines ne s’interrogent guère sur les coûts et avantages politiques, économiques et sociaux de l’empire pour les Etats-Unis et pour le reste du monde. Les désaccords et les débats portent invariablement sur la meilleure manière d’assurer la sécurité, d’exploiter et de protéger l’hégémonie américaine, plutôt que sur les valeurs, les objectifs et l’éthique qu’elle est censée défendre. Là où les néoconservateurs prêchent sans complexe la poursuite de la mission civilisatrice de l’Amérique, les centristes « pluralistes » disent la même chose, mais sotto voce.

Rappelant que le rôle des Etats-Unis est « unique » dans un monde où « peu de problèmes peuvent se résoudre sans nous », la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a ingénument admis : « Nous, les Américains, nous nous engageons en politique étrangère parce que nous le devons, et non pas parce que nous le voulons. C’est là une saine position, celle d’une république et non d’un empire (13). »

Toutefois, même les critiques centristes de la politique étrangère de l’administration Bush se gardent d’interpeller Washington sur son soutien inconditionnel à Israël. Et, comme les néoconservateurs, ils refusent de lier le marasme irakien et l’impasse israélo-palestinienne. Les uns comme les autres expriment des réserves à l’égard d’une des conclusions du rapport Baker-Hamilton, celle qui pose que les Etats-Unis « ne pourront pas atteindre leurs objectifs au Proche-Orient s’ils ne s’attaquent pas directement au conflit israélo-arabe et à l’instabilité régionale qui en découle ». De même, sur la question de l’Iran, démocrates et républicains pourraient presque parler d’une seule voix tant ils semblent s’accorder pour planifier des interventions secrètes en agitant sans cesse la menace d’un embargo économique renforcé ou d’une action militaire.

L’empire américain ne tient pas — et n’a jamais tenu — à la personne de M. Bush. Demain, il ne s’identifiera pas davantage à celle de M. McCain ou de M. Obama. Le candidat démocrate aurait pu s’exprimer au nom des deux partis à la fois lorsqu’il annonça en mars 2008 : « Ma politique étrangère se veut un retour à la politique réaliste et bipartisane du père de George Bush, de John Kennedy et, à certains égards, de Ronald Reagan (14). » Aucun des candidats à la présidence ne propose de solution de rechange à la mission impériale des Etats-Unis, hormis peut-être la mise en sourdine de l’habituelle rhétorique messianique et moralisatrice dans les rapports potentiellement conflictuels avec l’Iran, la Chine, l’Inde, sans oublier une Russie revigorée. Quatre pays tentés d’instaurer des formes nationales de capitalisme.

Au cours d’une campagne présidentielle dont l’enjeu a largement débordé les frontières américaines, les deux candidats ont transformé les capitales étrangères en autant d’estrades du haut desquelles ils ont pu réaffirmer leur détermination. Au moment de prononcer son discours d’investiture, M. Obama a d’ailleurs préféré se détourner du Pepsi Center de Denver, lieu de la convention démocrate, au profit du stade des Denver Broncos. Une arène qui peut contenir soixante-quinze mille spectateurs, soit vingt-cinq mille de plus que le Colisée...

Arno J. Mayer.

Publié par kimin à 16:15:50 dans 2000 ANS D'HISTOIRE | Commentaires (0) |

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